Un médecin camerounais victime d’injures racistes

Un médecin camerounais victime d’injures racistes

Docteur Andi Nganso

Par Ariel F. Dumont

Spécialisé dans la médecine d’urgence, le Dr Andi Nganso a été victime d’insultes à caractère racial sur son lieu de travail. Il se bat contre la montée du racisme en Italie.

C’était le 17 août dernier. Il était quatre heures du matin lorsqu’une ambulance s’est garée sur le parking des urgences de l’hôpital de Lignano, une petite commune touristique, peuplée hors saison de 6 500 habitants, des côtes de l’Adriatique dans le nord du pays. Les infirmiers ont transporté un patient dans la salle des urgences. Âgé d’une soixantaine d’années, cet Italien souffrait de fractures multiples après avoir participé à une bagarre en centre-ville. Ce jour-là, le Dr Andi Nganso était de garde. Originaire du Cameroun, qu’il a quitté en 2005 à l’âge de 18 ans pour venir étudier en Italie, d’abord l’économie puis la médecine, cet urgentiste était à mille lieues d’imaginer qu’il allait subir une agression verbale d’une grande violence. « Cela a été extrêmement féroce, j’ai déjà été injurié, mais là, cela a été terrible, je n’avais jamais subi une telle violence », confie le Dr Nganso. 

Une société qui se radicalise 

L’homme blessé refuse en effet de répondre et commence à insulter le médecin. « Il s’en prenait à moi à cause de la couleur de ma peau, il parlait de ma prétendue religion, il a également remis en question mes compétences professionnelles », se souvient cet urgentiste qui revendique avec fierté ses racines africaines. Ensuite, tout est allé très vite. Pour éviter les dérapages, le Dr Nganso a décidé d’appeler les forces de l’ordre qui ont dressé un procès-verbal. Puis il a pris un avocat et saisi les tribunaux. 

« Nous ne pouvons pas nous taire, il faut dénoncer ces épisodes de racisme pour faire savoir que la société est en train de se radicaliser et défendre aussi la dignité des professionnels de santé », analyse cet urgentiste. Après avoir travaillé au sein d’organisations internationales comme la Croix-Rouge, le Dr Nganso connaît tous les engrenages de la culture du racisme, du refus de l’autre et de la diversité. « J’ai exercé dans l’île de Lampedusa au large de la Sicile dans le centre d’accueil où les migrants arrivent en quête d’un rêve occidental qui ne correspond plus à la réalité de 2022 », dit-il. 

Renouer avec la solidarité 

A-t-il peur que le nouveau gouvernement placé sous la houlette de Giorgia Meloni, l’égérie de l’extrême droite italienne, accentue la montée du racisme et de l’intolérance ? « En fait, nous sommes dans la continuité, les précédents gouvernements, toutes opinions politiques confondues, ont toujours refusé de débattre des vraies thématiques liées au racisme, nous devons nous rendre compte que la montée de l’extrême droite vient de très loin en Italie », assure le Dr Nganso. Les lois sur l’immigration introduites par les précédents gouvernements durant les dernières années ont selon lui empiré la situation. 

Avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement dirigé par Giorgia Meloni, la leader d’extrême droite qui a décidé d’interdire l’accès de ses ports aux navires humanitaires, l’Italie est à nouveau sous les feux des projecteurs. Et tandis que l’Union européenne tance la péninsule et menace de réduire les fonds européens dont Rome bénéficie pour gérer l’accueil des réfugiés, on s’inquiète du côté des migrants installés en Italie. Du point de vue du Dr Nganso, ce qu’il vient de se passer en Italie avec les derniers débarquements de migrants est inacceptable d’un point de vue éthique et humanitaire. Le gouvernement italien a été contraint de faire accoster trois navires humanitaires, « mais il ne voulait pas accueillir tous les migrants. Il a donc demandé à une équipe de soignants du service public italien de sélectionner les réfugiés et de choisir ceux qui pouvaient descendre, sur la base de vagues critères de santé mais sans tenir compte de leur état psychologique, comme le prescrit le code de déontologie médical, tonne cet urgentiste. Si on laisse passer cela, si on permet les sélections pour réduire le nombre de réfugiés autorisés à débarquer dans un pays, alors nous sommes perdus ». Cette modalité va au-delà de la question migratoire et elle pourrait être utilisée dans d’autres cas, estime ce praticien. Alors que faire ? « Éviter de creuser ultérieurement les fractures sociales. Le pays a besoin de renouer avec la solidarité après la pandémie qui a accentué la crise que traverse la société, il faut offrir une vision culturelle aux Italiens, modifier les mécanismes qui génèrent l’indifférence et le silence »

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