Sidi Ould Tah commence sa mission de président de la Banque africaine de développement

L’ancien ministre des Finances de la Mauritanie entre en fonction dans un contexte incertain qui n’entame pourtant pas l’optimisme sur le potentiel de son mandat.
Ce lundi, Sidi Ould Tah, le nouveau président mauritanien de la Banque africaine de développement (BAD) se met effectivement « au travail », selon son expression à l’issue de son élection le 29 mai dernier. Il arrive au siège de l’institution à Abidjan après un scrutin historique marqué par une majorité impressionnante de 76,18 % des voix, bien loin devant son plus proche concurrent, le Zambien Samuel Munzele Maimbo, qui a obtenu 20,26 % des suffrages. Depuis ce plébiscite, une équipe rapprochée du nouveau président a travaillé ces trois derniers mois à la transition administrative avec le personnel du président sortant Akinwumi Adesina, mais c’est le 1er septembre que le mandat de Sidi Ould Tah commence véritablement.
Une vision nouvelle dans un contexte de développement sous tension
Ses promesses sont séduisantes : pendant dix ans, Sidi Ould Tah a présidé une autre banque de développement, la Banque arabe pour le développement économique en l’Afrique (BADEA), multipliant son capital par quatre et lui apportant de meilleures notations de crédit. Ancien ministre des Finances de la Mauritanie, il a beaucoup œuvré avec ses homologues africains, tous très engagés dans les orientations de la Banque africaine de développement. Il a ainsi eu l’occasion de faire connaître sa vision et d’être très clair sur ce qu’il envisageait pour l’avenir de la BAD. Dans un entretien avec Africa on Air, Etsehiwot Negash Kebret, conseillère en financement du développement à l’O.N.G. Development Reimagined, qui a assisté aux assemblées générales de cette année, évoque la volonté d’« une plus grande synergie entre les principaux acteurs du développement du continent, en faisant de la BAD non seulement un leader, mais aussi un partenaire fort des autres banques de développement africaines, ainsi qu’un changement du modèle opérationnel de la banque avec un système de déboursement des fonds plus rapide et efficace ». Pour autant, le nouveau président prend la tête de la grande banque de développement panafricaine à un moment où elle se trouve confrontée à de lourds défis : depuis le début de l’année, la réduction de l’aide internationale qui a culminé avec la suppression de USAID décidée par le président américain Trump, s’est juxtaposée avec les risques posés par la guerre commerciale des tarifs douaniers. L’Afrique qui verra expirer le 30 septembre son accord commercial préférentiel avec les États‑Unis, l’AGOA, sort des négociations des derniers mois en mauvaise position, avec plusieurs États très défavorisés par la nouvelle grille des tarifs. Il reste à savoir comment cette nouvelle configuration du commerce mondial va se répercuter sur l’équilibre budgétaire des États africains, alors qu’est attendue en novembre la 17e reconstitution des ressources du Fonds africain de développement (FAD), le guichet concessionnel de la BAD. D’ores et déjà, les États‑Unis ont annoncé supprimer leur contribution, soit 500 millions de dollars habituellement alloués à ce fonds. Cela l’ampute de facto d’une grande partie de ses ressources.
De nouvelles pistes de financement ?
La question du relais à cette aide internationale déclinante a été omniprésente lors de l’assemblée générale de l’institution financière panafricaine fin mai, soulignent la plupart des experts témoins des discussions. Même si le mouvement est encore modeste, les États africains semblent décidés à monter au créneau pour supporter une partie du fardeau, comme l’ont démontré cinq d’entre eux – Soudan, Liberia, Ghana, Sierra Leone et Gambie – en annonçant contribuer à hauteur de 16 millions de dollars au FAD. La question de la dette est aussi réexaminée, alors que la structure de l’architecture financière internationale, et plus particulièrement les notations des agences de crédit internationales, rendent les euro‑obligations de plus en plus coûteuses pour les gouvernements africains, rappelle Etsehiwot Negash Kebret : « quels autres types d’obligations les gouvernements africains peuvent-ils émettre, plus abordables et offrant de meilleures perspectives ? Par exemple, les obligations panda, émises sur le marché chinois, et les obligations samouraï. Et pour les pays qui ont une importante diaspora, comment peuvent‑ils émettre des obligations diaspora ? De nombreuses discussions ont donc eu lieu sur les types d’instruments de financement innovants que les pays africains devraient exploiter davantage », dit‑elle. Une poignée de pays menés par le Kenya est en pointe de ces discussions. Il est en tout cas anticipé que Sidi Ould Tah s’inscrive dans la lignée de la politique de recours aux marchés financiers initiée par son prédécesseur et qu’il aille même jusqu’à l’accentuer : « par exemple, l’une des solutions envisagées avec le FAD est l’option d’emprunt sur le marché, une nouvelle approche permettant au fonds de lever des ressources supplémentaires sur les marchés financiers. », précise Etsehiwot Negash Kebret. La mobilisation du capital africain, à travers les fonds souverains, les fonds de pension, le crowdfunding et les investisseurs privés, pourrait être la grande affaire du mandat de Sidi Ould Tah.
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