Des pâtes fraîches et des hosties africaines en Calabre

Des pâtes fraîches et des hosties africaines en Calabre

Madi Minuongou

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Rédigé par La Rédaction

Modifié le 3 août 2022

Ariel F.Dumont

Arrivés en Italie par bateau il y a tout juste cinq ans, Madi Minuongou, Sadia Diaby et Adama Traore, trois jeunes Africains originaires de la Côte d’Ivoire et du Sénégal ont créé une start-up dans le sud profond de la péninsule.

Bouger pour faire bouger les choses, oublier la peur, prendre des risques parce qu’on a une seule vie à vivre… ces mots sont ceux de Madi Minuongou, Sadia Diaby et Adama Traore, trois jeunes Africains aujourd’hui âgés de vingt ans et qui ont décidé de quitter la Côte d’Ivoire et le Sénégal en 2017 alors qu’ils étaient mineurs, pour faire fortune – ou pour le moins essayer – en Italie. Depuis, cinq ans ont passé, et le trio s’apprête à se lancer dans les affaires. « À la fin du mois d’avril, nous donnerons le coup d’envoi officiel à notre propre production de pâtes fraîches et d’hosties, et si tout se passe bien, nous produirons 100 kg de pâtes par jour ! », annonce Madi Ninuongou. 

Sortir de l’enfer

Tout a commencé en 2017. À l’époque, Madi, un grand gaillard au physique d’athlète, vivait encore à Abidjan où il suivait des cours d’économie. Mais la Côte d’Ivoire était trop étroite pour lui, et Madi avait soif d’aventure et de liberté. Aussi, un matin, il est parti avec deux amis, direction la Libye, l’étape incontournable pour les candidats à l’émigration clandestine vers l’Europe. Mais il ne veut pas en parler, car il a, dit-il, « trop de mauvais souvenirs, les gens qui partent pour la Libye ne savent pas ce qui les attend ». Sadia est passé lui aussi par la case libyenne et son corps plein de cicatrices en témoigne.
« J’ai passé dix mois en prison, j’ai été torturé, c’était l’enfer, un ami de mon père a payé pour me faire sortir, là-bas ça fonctionne comme ça ». C’est là-bas, en Libye, qu’il a retrouvé Adama, un copain du Sénégal qui voulait lui aussi voir le monde, et qu’ils ont parlé de l’Italie et de l’avenir. 

Quelque temps après leur arrivée dans la péninsule, les trois jeunes sont déplacés en Calabre, au sud, où ils sont pris en charge par le réseau des centres d’accueil et d’intégration (SAI) de Rogliano et Cosenza. En parallèle, ils sont insérés dans un projet de formation professionnelle pour migrants organisé par la coopérative FO.CO qui chapeaute aussi les centres d’accueil régionaux. Ce projet est financé par une fondation à but non lucratif, Fondazione per il sud, créée en 2006 grâce à un tour de table entre des fondations bancaires et des associations du tiers secteur et de volontariat. Objectif : participer au développement des infrastructures sociales dans les régions du Mezzogiorno et favoriser l’insertion de quelque 22 migrants dans le monde du travail en les aidant à créer des microentreprises.

Des pâtes fraîches et des hosties  

« Nous avons d’abord analysé le marché pour identifier les secteurs où il y avait des places à prendre, et nous avons rapidement opté pour la fabrication artisanale des pâtes fraîches et des hosties, car la demande est forte », explique Giovanni Calabrese, responsable commercial de la coopérative FO.CO et chef d’orchestre de SAM, la start-up créée par les trois jeunes Africains. Le trio a d’abord appris le métier chez des artisans de la région ; comment choisir la farine, doser les ingrédients, utiliser les machines pour fabriquer les pâtes et les hosties. Il a aussi fallu songer à l’organigramme ; Adama à la présidence, Madi à la vice-présidence et Sadia à la trésorerie. Côté finances, le capital social de la start-up    (1 500 €) est financé par le projet et aussi par une partie des salaires des trois jeunes entrepreneurs, car « il ne faut pas s’imaginer que l’on va gagner tout de suite des milliers d’euros, il va falloir d’abord réussir à arriver à l’équilibre, ce sera déjà un bon point », estime Madi en se souvenant de ses cours d’économie à l’université d’Abidjan.

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