Le développement africain sous la loupe à Tunis

Le développement africain sous la loupe à Tunis

Ryuichi Kato (JICA) et Rémy Rioux (AFD) à Paris en juillet 2022 © Laurence Soustras

Modifié le 26 août 2022

Par Laurence Soustras 

Les investissements, les conditions d’une société durable, mais aussi du maintien de la paix et de la stabilité seront au menu de la huitième conférence TICAD organisée par le gouvernement japonais à Tunis.

« Ce sont les Africains et leurs institutions qui décident de l’avenir de l’Afrique et prennent la responsabilité de le réaliser. Ce sont également les Africains qui comprennent mieux que quiconque leurs défis et leurs opportunités. » Ces propos de Ryuichi Kato, vice-président de la Japan International Cooperation Agency (JICA), lors d’une conférence à Paris au début de l’été, confirment un tournant dans la stratégie des institutions de développement internationales à l’égard de l’Afrique. Concrétiser l’appropriation de l’aide au développement par le continent africain s’annonce comme une orientation décisive de la huitième Tokyo International Conference on African Development (TICAD) qui se tient à la fin de la semaine à Tunis. La TICAD qui est organisée par le gouvernement japonais en collaboration avec les Nations unies, l’Union africaine, la Banque mondiale et plusieurs autres institutions occidentales de développement, comme l’Agence française de développement (AFD), se tient depuis 1993. Ce sera la deuxième conférence depuis celle du Kenya en 2016 à réunir au sein du continent africain une réflexion internationale sur l’aide à apporter à l’Afrique. Un exercice classique, mais dont les circonstances cette année sont largement inédites : alors que l’Afrique misait dans l’après COVID-19 sur un regain de croissance, l’inflation des prix puis le conflit en Ukraine ont rapidement mis fin aux espoirs de renouer avec les niveaux économiques de l’époque précédant la pandémie. Comme l’a indiqué Yacine Fal, vice-présidente par intérim chargée du développement régional, de l’intégration et de la prestation de services de la Banque africaine de développement, « nous avons tous vu que, bien que nous ayons été frappés durement pendant la pandémie de COVID-19 et particulièrement sur le plan social, nous faisons maintenant face à une crise alimentaire montante qui va probablement frapper encore plus fort et finalement retourner les forces de croissance très positives que le continent a enregistrées les dix dernières années. Nous voyons que le PIB africain a enregistré sa plus forte chute en 20 ans et cela se traduit par une perte de 30 millions d’emplois, avec 26 millions de personnes tombant dans la pauvreté ».

SOLUTIONS LOCALES

Un tel niveau de défis, alors que le continent tente toujours de répondre aux enjeux de croissance inclusive et de transition énergétique, représente une difficulté de taille. Alors que les TICAD précédentes s’étaient récemment penchées sur l’investissement privé, l’importance des partenariats publics-privés ou des innovations, celle de Tunis va devoir se tourner vers la structure même de l’aide dont a le plus besoin le continent. Pour Rémy Rioux, président de l’AFD, il devrait s’agir de « renforcer les solutions locales, ce qui signifie que les institutions locales devraient être la priorité de l’industrie du développement, ce qui n’est pas vraiment le cas actuellement. Je veux dire par là que nous sommes davantage dans des projets que dans les institutions, et plus concentrés sur les impacts que redevables de l’édification à long terme d’institutions à même de fournir des solutions locales. Alors, c’est un changement dans notre appétit du risque et dans la manière dont nous opérons ».

Il a rappelé que l’AFD, comme le JICA, font déjà transiter la grande majorité de leurs flux à travers des institutions financières locales, à l’opposé d’autres structures comme l’agence américaine du développement USAID, par exemple. Mais beaucoup reste à faire pour développer un système de garanties de ces prêts qui ne passeraient plus systématiquement par les états souverains, mais également par des institutions financières privées pour d’éventuelles contreparties. Engager le monde des entreprises est crucial. L’agence de coopération internationale japonaise a annoncé la semaine dernière qu’elle avait ouvert un dialogue avec le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour maximiser les retombées de l’accord commercial sur le secteur privé. 

La géopolitique devrait inévitablement s’inviter à Tunis, alors que le continent africain suscite une forte concurrence entre des puissances étrangères rivales et que la frontière entre développement et appétit commercial s’estompe. La Chine, la Turquie ou les Émirats arabes unis ne dissimulent pas leur intérêt économique croissant pour le développement africain, avec des approches d’engagement à long terme qui séduisent souvent leurs partenaires du continent. La capitale du Sénégal, Dakar, a ainsi accueilli l’an dernier le huitième Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC). L’événement triennal s’était conclu par l’annonce d’un engagement chinois de 40 milliards de dollars et d’une ouverture commerciale aux exportations agricoles africaines vers la Chine assortie de mesures d’exemptions de droits de douane. 

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