Italie : l’Afrique s’installe au parlement
Cécile Kashetu Kyenge, médecin, ex-députée italienne, ex-ministre de l'Intégration (crédits: Cécile Kashetu Kyenge). Tony Iwibo, sénateur de la République italienne (credits: Tony Iwibo).
Ariel F. Dumont
Cécile Kashetu Kyenge, Jean-Léonard Touadi, Tony Chike Iwobi, trois noms, trois destins entrecroisés. Ils sont nés en Afrique, mais ils ont choisi de vivre en Italie et de faire carrière dans la politique. Décryptage du fabuleux destin de ces trois personnalités qui ont réussi à franchir les portes du parlement italien.
Cécile Kashetu Kyenge et Jean-Léonard Touadi ont plusieurs choses en commun. D’abord, ils sont nés tous les deux au Congo, lui le 25 janvier 1959 à Brazzaville, elle le 28 août 1964 à Kambove. Dans les années 80, ils décident chacun de leur côté de s’installer en Italie et d’en prendre plus tard la nationalité. Au départ pour continuer leurs études, puis pour se lancer dans la politique aux côtés des démocrates. Ce choix leur ouvrira les portes du parlement italien où ils siégeront, lui de 2008 à 2013, elle de 2013 à 2014 avant d’être élue au parlement européen qu’elle quittera en 2019, au tout début de la pandémie de coronavirus, pour revenir à son premier et grand amour, la médecine.
Première femme noire ministre
Au départ pourtant, le destin de Jean-Léonard Touadi avait une tout autre tournure, car il avait décidé d’entrer dans les ordres. En arrivant à Rome en 1983, il s’inscrit d’ailleurs à l’université Pontificale grégorienne. Mais un an plus tard, le futur député jette sa robe de séminariste aux orties et s’inscrit d’abord en Sciences politiques puis dans une université de journalisme. Il décroche rapidement un stage au service international de la troisième chaîne du service public, la Rai. Le public l’apprécie, car il crève l’écran. Aussi, la direction lui confie des émissions sur le thème de l’immigration. De son côté, Cécile Kashetu Kyenge se lance dans des études de médecine. « Toute petite déjà, je voulais devenir médecin, car je désirais aider les gens. », dit-elle. La future députée, qui deviendra également la première ministre italo-africaine lorsque le président du Conseil, le démocrate Enrico Letta, lui confiera le portefeuille de l’Intégration en 2013, se spécialise en ophtalmologie. Durant sa carrière politique, Cécile a été victime de nombreuses attaques racistes. (https://www.repubblica.it/politica/2013/08/25/news/la_politica_razzista_all_attacco_del_ministro_kyenge-65259183/). On la traite de « singe congolais », de « négresse », ou encore de « ministre bonga-bonga ». L’ex-ministre et membre de la Ligue, Roberto Calderoli qu’elle traînera en justice, la compare à un orang-outan, un homme lui jette des bananes alors qu’elle prononce un discours en public, une élue de la Ligue lance même un appel au viol à son encontre sur sa page Facebook.
Fédéralisme fiscal, le meilleur des systèmes
Autre parcours, et surtout autres choix, pour Tony Chike Iwobi, le premier sénateur noir d’Italie, élu en 2018 dans les rangs de la Ligue, un parti populiste dont les idées ont souvent alimenté la haine envers les migrants. Ce que cet Africain né le 26 avril 1955 à Gusau (Nigéria) a toujours démenti. Après avoir quitté l’Afrique en 1977 avec un visa d’étudiant en poche, il obtient un diplôme en comptabilité puis en informatique. En 1993, il découvre la Ligue et rencontre les grosses pointures du parti comme son fondateur Umberto Bossi. À l’époque, la Ligue qui n’a pas encore effectué son virage populiste et xénophobe, prône le fédéralisme fiscal et l’autonomie, « le meilleur des systèmes », estime encore aujourd’hui ce sénateur en citant le Nigéria en exemple. Patiemment, il gravit les échelons du parti et, en 1995, remporte sa première campagne électorale en Lombardie à l’occasion des municipales partielles. En 2013, le parti change de chef et, surtout de ligne politique, avec l’arrivée de Matteo Salvini qui prône le refus de l’immigration et le rejet de l’Europe. Pour peut-être rendre ses propositions plus crédibles, le nouveau patron de la Ligue confie les questions d’immigration à… Tony Iwobi qui jure que « le parti n’a jamais été raciste ».
Aujourd’hui, le trio a changé de direction. Si Tony Iwobi siège encore au sénat, Cécile Kashetu Kyenge a quitté Rome et s’est installée à Padoue où elle a ouvert un cabinet de médecine généraliste. Ce qui ne l’empêche pas de s’occuper encore de politique, mais sans étiquette d’élue. Pour sa part, Jean-Léonard Touadi, travaille à la FAO sans avoir abandonné le parti démocrate, qui lui a confié les dossiers sur la sécurité et la légalité.
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