Une semaine déterminante à Paris pour le féminisme au niveau international

Une semaine déterminante à Paris pour le féminisme au niveau international

Présentes à Paris pour rencontrer les responsables politiques français·es, Yolande VIA, Zita Désirée BELEM, Najat IKHICH, Constanza JAUREGUI TAMA, Gratias KIBANJA LUKOO, Catherine DJIMET et BenedictaALOAKINNOU ont partagé leurs attentes en tant qu'actrices en première ligne pour nourrir les réflexions sur la mise en œuvre de la diplomatie féministe française. Crédit : Juliette Dupuis Carle

Rédigé par Luana Paulineau

Modifié le 7 mai 2024

Du 22 au 28 avril, une délégation venue des quatre coins du globe s’est rassemblée pour porter haut et fort les voix des femmes. Mise sur pieds par le fonds Féministes en action, cette semaine de plaidoyer a réuni de nombreuses organisations déterminées à renforcer la diplomatie féministe, tant en France que dans leur propre pays.

Peut-on faire de la politique un terrain féministe ? C’est le défi que cette délégation de militantes féminines du monde entier a relevé en se rendant à Paris pour démontrer aux représentants politiques français que cela était non seulement possible, mais aussi essentiel. 

« Nous avons réuni une équipe de 7 personnes représentant différentes organisations soutenues par le projet. L’objectif est de créer un dialogue direct avec les pouvoirs publics, car ces militantes sont en première ligne sur le terrain. Elles sont les premières alliées de la diplomatie féministe française, et c’est cette proximité qui nous intéresse», raconte Léa Thuilier, chargée de communication et plaidoyer pour le fonds Féministes en action

Au cœur des débats, trois grandes lignes directrices émergent. Tout d’abord, le plaidoyer pour un soutien durable et permanent aux organisations féministes sur le terrain. Benedicta Aloakinnou, originaire du Bénin, souligne l’importance cruciale d’un financement pérenne, accessible même aux organisations les plus éloignées. Elle insiste : «Le soutien durable et permanent des organisations est essentiel pour garantir notre travail sur le long terme ». Cette demande trouve un écho particulier dans la nécessité d’une redistribution effective des ressources, indispensable pour combler les lacunes actuelles dans le financement des initiatives féministes locales. 

Ensuite, l’inclusion des militantes féministes dans les sphères de décision occupe une place centrale dans les revendications. « Il est important de porter le message de l’inclusion des féministes dans les espaces de décision », déclare Yolande Via, représentante de la Fédération pour la protection féminine et enfantine à Madagascar. Elle ajoute : « C’est essentiel d’avoir des féministes dans ces espaces-là et de militer pour qu’il y en ait plus ». Les femmes sont souvent les premières affectées par les décisions politiques, mais sont rarement présentes à la table des négociations. Il est temps de changer cela, insiste la délégation, en plaidant pour une participation active des féministes dans les programmes politiques et la création de fonds visant à soutenir leur engagement politique.

Enfin, la protection et la sécurité des militantes féministes face aux nouvelles menaces représentent aussi un défi majeur. Des mesures concrètes, telles que le renforcement des fonds d’urgence et des mécanismes de protection, sont essentielles pour garantir la sécurité des femmes engagées dans la lutte pour l’égalité. Cette demande urgente reflète la réalité quotidienne de nombreuses militantes, confrontées au cyberharcèlement, aux attaques en ligne et même aux agressions physiques. 

Des attentes claires envers les dirigeants politiques

Face à ces enjeux cruciaux, la délégation féministe n’a pas hésité à exprimer ses attentes envers les dirigeants politiques. Tout d’abord, la pérennisation du fonds Féministes en action et du soutien financier aux organisations féministes figure en tête de liste. « En ces temps d’incertitude budgétaire, il est essentiel de préserver les ressources nécessaires pour poursuivre la lutte en faveur de l’égalité des sexes », souligne Catherine Djimet, représentante du Centre d’insertion des filles en déperdition scolaire au Tchad. 

Annoncée pour 2025, la régulation européenne visant à interdire l’importation de produits liés à la déforestation ou au travail des enfants soulève également des questions cruciales sur la répartition des coûts et des bénéfices. Les membres de la délégation insistent sur la nécessité d’un juste équilibre entre les exigences de durabilité et les réalités économiques des planteurs.

Une vision d’avenir, entre solidarité et engagement

L’engagement en faveur des droits des femmes trouve une voix puissante par le biais du projet Féministes en action, une fédération de six partenaires travaillant à soutenir et autonomiser les organisations féministes à travers le monde. Léa Thuilier explique : « Nous voulons un réel accompagnement des structures, les renforcer en tant que telles afin qu’elles puissent avoir les reins assez solides pour se développer et grandir. Nous finançons non seulement des projets, mais aussi le fonctionnement structurel des organisations, comme l’achat d’ordinateurs, le paiement de salaires ou même des factures d’électricité. »

Malgré les défis qui persistent, la délégation féministe reste résolument optimiste quant à l’avenir. Avec une vision de solidarité et d’engagement, ces femmes courageuses continueront à lutter pour un monde où l’égalité des sexes est une réalité, et non un rêve lointain.

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